Omar Khayyam « Le cure-dent »

le cure dent Omar Khayyam Le cure dent

Quand la campagne étale sa misère, la ville amoncelle et dispose ses richesses dans un espace que structurent tout à la fois nos besoins, nos désirs et l’ardeur que nous mettons à les satisfaire. Ainsi, sur le plan de Nishapour, selon l’ancien tracé d’un cartographe, partant du centre, c’est-à-dire du palais, les pas d’Omar Khayyam dessinent jour après jour de larges flèches rouges. Les premières mènent au carré des artisans et se perdent à travers un dédale d’ateliers et d’estancots né de l’enchevêtrement de quarante-deux corps de métiers. L’une d’elles, fortement soulignée, désigne le quartier des potiers où Omar Khayyam aime à venir méditer la glaise et la vanité des choses. Il observe la poussière qui lévite entre les mains du tourneur. Il voit dans l’anse d’une carafe le bras d’une amoureuse. Son pessimisme possède cet œil singulier qui regarde chaque chose, chaque idée, chaque illusion, chaque homme avec ses choses, ses idées et ses illusions, filer tout droit vers la mort.

Allongé sur l’horizon, le corps lié par le corps de l’aimée, Omar, au fil des jours et des saisons, observait le cours de la lumière, pauvre le matin, rasante l’après-midi, brutale le soir, une lampe pour la nuit, pour l’aurore un flambeau : la computation du temps la plus fine jamais élaborée.
Elle disait : « Tu te vois, toi, Khayyam, renoncer un jour à tout ça ? »

Le cure-dent – Jean-Yves Lacroix

Qu’elles sont belles ces verdures qu’on voit pousser près des ruisseaux
On dirait le duvet léger né sur les lèvres d’une idole
Ne les foule pas de ton pied comme un passant indifférent
Elles sont nées de la poussière d’un visage au teint de tulipe
- Omar Khayyâm – Les quatrains Rubâyyat

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