Demain les chiens
Une écriture plutôt dénuée de style (du moins dans la traduction en français) mais le nombre et la qualité des thèmes abordés - souvent avec humour – en font un « incontournable » de la science-fiction.
« Car on avait du mal à imaginer un organisme vivant qui fonctionnât à l’ammoniaque et à l’hydrogène et non à l’oxygène et à l’eau ; on avait du mal à croire qu’un tel organisme pût connaître la même pulsation vitale que l’être humain. On avait du mal à concevoir qu’il existât une vie quelconque dans le maelstrom bouillonnant qu’était l’atmosphère de Jupiter, puisqu’on ne savait pas, évidemment, que aux yeux des Joviens, elle n’avait rien d’un maelstrom bouillonnant.
Le vent le frôlait comme une caresse et il dut faire effort pour se rappeler que, à l’échelle terrestre, il s’agissait d’un ouragan qui soufflait à plus de trois cents kilomètres à l’heure des masses de gaz empoissonnés.
(…) Et soudain il prit conscience de Towser, il sentit intensément l’amitié profonde que lui portait le chien ébouriffé qui de la Terre l’avait suivi sur tant de planètes. Il lui sembla que la créature qu’était Towser était venue un instant s’asseoir dans son propre cerveau.
(…) Towser, cria-t-il, Towser il nous arrive quelque chose !
Oui, je sais, dit Towser.
C’est notre cerveau, dit Fowler. Nous l’utilisons à plein rendement, jusque dans ses plus secrets replis. Nous nous en servons pour découvrir des choses que nous devrions savoir depuis longtemps. Peut-être les cerveaux des créatures terrestres sont-ils naturellement lents et brouillons. Peut-être sommes-nous les demeurés de l’univers. Peut-être est-ce notre lot que de peiner pour tout faire.
Et avec la clarté d’esprit qui lui semblait maintenant accordée, il comprit que ses nouvelles connaissances ne se limiteraient pas aux couleurs du prisme ni aux métaux capables de résister à la pression qui régnait sur Jupiter. Il pressentait d’autres choses, qui n’étaient pas encore très nettes. Il percevait comme un vague murmure qui parlait de grandes choses, de mystères qui transcendaient les limites de la pensée humaine, et même de l’imagination humaine.
(…) Là-bas, il y avait des hommes incapables de voir la beauté de Jupiter. (…) Et ces hommes marchaient seuls, murés dans une terrible solitude, parlaient avec leur langue comme de petits boy-scouts correspondent par signaux, incapables de pénétrer jusqu’à l’esprit de leur prochain comme ils parvenaient jusqu’à l’esprit de Towser. Ils étaient à jamais privés de ce contact personnel, intime, avec les autres créatures vivantes. »
Demain les chiens de Clifford D.Simak – Quatrième conte : « Les Déserteurs »













cela donne envie de le lire.Koo.
Selvaggia