Grèce

L’île de Patmos avant l’extension du port et sa lente disparition dans le tourisme. J’avais deux ans la première fois : nous y restions chaque été.

Le vent comme allié l’enfant trotte, sautille dans les ruelles à la fin du jour. Si il faut un but ? Rejoindre un café vert avec trois tables à l’autre bout du jeu-labyrinthe. Pas de rupture : cette architecture sans architectes prolonge ces échanges entre les montagnes et les visages de la mer.
Avec malice elle dépasse continuellement cette définition « d’utile » qui est trop souvent son lot.
Décrochements, terrasses improvisées, arches renforcées de bois flotté, cavités, paliers et corniches, un âne en station chargé comme une mule, marches, sols sertis de galets, improvisations dans l’épaisseur de la chaux : tout est jeu et le corps de l’enfant le découvre, le sait.

Muni d’un masque il observe la remontée des bulles sous la coque d’un bateau de pêche. Assis dans l’un des deux bus que compte l’île il écoute le frottement assourdissant des ailes des cigales. Respire ce mélange de pierre chauffée, de sauge, d’origan en descendant un étroit chemin de chèvres. Boit un sirop d’orgeat dans un café à quelques mètres de l’eau après avoir fait des courses pour le déjeuner sur la plage tout à l’heure. Se débarrasse de l’excès de sel en prenant une douche puis monte sur la terrasse comme le soleil touche le bord de la mer et que la chaleur solidifiée de cette journée s’épuise peu à peu.

Ces photos sont de Julien Oppenheim : je vous invite à découvrir son site
A voir aussi ce reportage pour Marie-Claire Maison.

En allant à Symi une autre fois :

Me réveille sur une banquette poisseuse. L’air est solide du bruit des
machines. Des renfoncements dans les parois vertes concentrent leurs
vibrations. Et l’on sait l’eau lisse et fraiche sous la coque chaude. Voilà que
cessent les oscillations de cette gelée lumineuse sur le plafond. Une voix se
propage le long de ce pied à la plante noire de crasse. Par la porte du fond
on aperçoit les colis entassés qui tout à l’heure parleront dans
l’effervescence du quai. La forteresse sensible est parcourue de veines
violettes, piquée d’argent liquide. Tel un rideau de feuilles mouvantes entre
le fond et notre oeil. Deux marins discutent à ma droite, le visage de terre
cuite rose. A l’approche de côtes, ciel et mer sont en fusion, avec cette
qualité du pollen. L’île est un fusain craquelé qui les sépare. De chaudes
bourrasques de thym et d’origan investissent le navire.
Je suis l’air qui sans relâche écrit sur le derme de la mer. Silencieux, ébahi
et amoureux d’être au monde, de s’observer nourri par celui-ci, d’être là où
rien ne s’est encore prononcé comme une respiration qu’aucun acte,
aucune suite n’attire.
Puis, surpris de voir la pensée réapparaître et fausser tout cela en y
ajoutant un contour.

+ ?

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